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Black Friday…. Sombre 27 novembre.

Vendredi 27 novembre 2015 a été une bien sombre journée.

 

Ce vendredi, c'est en tout début d'après midi que les mails ont commencé à tomber dans ma boite perso. S., l'une des organisatrices d'Alternatiba Rouen, l'un des deux Alternatiba auxquels j'ai participé à la rentrée dernière, convoquée à l'hôtel de police pour remise d'un arrêté préfectoral. Le policier à son domicile laisse largement entendre qu'il s'agit d'une assignation à résidence. Sur le coup, S. s'est demandée si elle était la seule.......
.... et elle ne l'était pas, mais on ne le savait pas encore.

Pour qui connait le fonctionnement des Alternatiba, pour qui connait S., c'est juste incomphéhensible. Moi même, j'ai été abasourdie et hébétée, sur ma chaise de bureau, essayant de comprendre la situation... S.? assignée à résidence? Mais WTF, S. n'a rien, strictement rien à voir, ni de près ou de loin, avec les attentats du 13 novembre.... alors quoi?
Plus tard dans l'après midi et dans la soirée, d'autres nouvelles du même genre sont tombées.

Pour S., cela a été finalement une énorme manoeuvre d'intimidation. On lui a laissé entendre, on lui a agité le spectre de l'assignation à résidence, et on l'a interrogée au poste de police.

 

S. n'est pas un cas isolé. En ce jour d’hommage aux 130 personnes tuées dans les attentats du 13 novembre, ces 130 destins fauchés comme l’a rappelé le Président de la République, s’est joué un triste dessous de cartes. Alors que les yeux de la plupart des Français, encouragés à suspendre les couleurs de la France à leurs fenêtres en signe d’unité et de recueillement, étaient braqués sur les chaines d’infos, ou sur les sites internet d’infos, pour suivre l’hommage présidentiel….

…. des militants écologistes ont été convoqués, interrogés, parfois menottés et mis en joue, victimes de manœuvres d’intimidation, et pour 24 d’entre eux enfin, assignés à résidence pour toute la durée de la COP21. Tout cela sous couvert de l’état d’urgence motivé par la traque antiterroriste. Oui oui, alors même que se déroulait l’hommage national, ce jour-là.

Est-il besoin de rappeler que le terrorisme à l’origine de l’état d’urgence n’a strictement rien à voir avec l’écologie ? Interroger, menotter, intimider, avec des flingues parfois, assigner à résidence, des militants écologistes, n’a absolument strictement aucun sens. Je le dis avec d’autant plus de force que je connais certains d’entre ceux à qui c’est arrivés, ce vendredi 27 novembre. C’est un abus absolument honteux des dérogations permises par l’état d’urgence.

Si c’était pour garantir la sécurité des personnes, d’autres moyens étaient à la disposition de l’Etat pour véhiculer ce message. Ces actions commanditées par les Préfets sont ciblées malheureusement, et sont même destinées, pour certaines, à régler des comptes entre l’Etat avec ses concitoyens : c’est ce que tend à montrer le contenu des arrêtés préfectoraux, révélés par exemple par Le Monde. Ces gens se battent pour l’avenir de tous. Oui, tous. Noirs, blancs, riches, pauvres, puissants ou non, policiers ou pas. Tous ces gens, politiciens, préfets, policiers qui suivent les ordres en sortant la matraque, tous ces gens ont des enfants, et c'est aussi pour leurs enfants à eux que nous nous battons. Malgré la surdité et l’aveuglement de la société de consommation. Parce que ce sont nos, leurs enfants qui sont propriétaires de ce monde, pas nous, et que nous leur pourrissons collectivement leur avenir. Certains militants par exemple, ont été visés directement pour leur participation, ancienne ou récente, à la contestation du projet de Notre-Dame-des Landes. Des gens sans passé judiciaire, qui n’ont pas été inquiétés à l’époque des faits qui leur sont reprochés sur l’arrêté préfectoral qui leur a été remis ce 27 octobre,  pour la bonne et simple raison qu’il n’y avait pas matière, légalement, à les inquiéter : pas d’actes de violence caractérisée. Mais ils sont restés fichés, tous ces gens, et aujourd’hui que, « grâce » à l’état d’urgence, il n’y a pas besoin de prouver les accusations pour que cela découle sur des mesures de restriction de liberté, un simple « comportement suspect » suffit, et les abus permis par cette Loi sont, pour le coup, caractérisés.

Ce qui s’est passé vendredi, je vous le dis comme je l’ai ressenti, de l’intérieur du milieu écologiste, a résonné comme une raffle, comme un coup de filet. Mais un coup de filet contre qui ? En tout cas, pas contre des terroristes extrémistes radicaux pseudo-religieux, c’est une certitude. Et c’est ça qui est grave. Que l’état d’urgence serve d’opportunité pour nettoyer, menotter ou faire taire un mouvement citoyen dans le sens le plus pur du terme.

La situation est ubuesque. Les militants, qui oeuvrent pour le climat, objet de la COP 21, pris comme cible de l'état d'urgence....

La COP21, on le sait tous, n’est qu’une façade. La solution ne peut venir que de la masse des terriens. Que de comportements quotidiens, que d’une révision des modes de consommation. Bien sûr ce volet ne peut PAS être traité par la COP21 car tous les gouvernements à l’heure actuelle sont volontairement pieds et poings liés aux industriels et aux lobbys. Le dogme de la consommation infinie ne peut être remise en cause sous peine de chaos, c’est du moins ce que l’on tente de nous faire croire pour que la masse justement, ne se bouge pas, qu’elle perde de vue qu’elle est milliards, et qu’ils ne sont qu’une poignée. Que son destin est entre ces mains, à cette masse, et non entre la poignée de puissants qui pillent notre planète.

Ce que qu’autorise le gouvernement Français, ces abus de l’état d’urgence pour en faire un état de violence policière envers des personnes innocentes, est aussi grave qu’insensé.

Nous ne pouvons l’accepter. Ce n’est pas le prix à payer de la traque antiterroriste. C’est notre liberté d’expression et d’opinion à tous (pour laquelle se sont battus et sont morts nos ainés, pour mémoire) qui est bafouée, qui a été bafouée en ce 27 novembre, avec en alibi, ces 130 vies volées. C’est bafouer également leur mémoire, c’est juste indigne d’une démocratie digne de ce nom.

Voilà comment je me sens aujourd’hui. Trahie. Trahie par un système que je défends pourtant depuis que je suis en âge de voter. Trahie par ma propre famille politique. J’ai l’impression que le vote n’est qu’un énorme chèque en blanc fait au candidat vainqueur. Une fois au pouvoir, nulle obligation de tenir ses promesses électorales (qui portent bien leur nom) et surtout, serrer les fesses pour qu’il ne fasse pas de nos voix exprimées en sa faveur, qui en font notre représentant, qu’il ne fasse pas en notre nom donc, trop de choses inacceptables.

Parce que c’est ça. C’est en notre nom que le Président élu agit. C’est en notre nom qu’il a instauré l’état d’urgence. C’est nos votes qui lui ont donné cette légitimité. C’est en particulier nos votes à nous, écologistes qui avons voté pour notre Président au second tour, qui ont de ce fait légitimé et permis les intimidations policières dont nous sommes les victimes à l’heure actuelle. C’est au nom, entre autre, de nous, écologistes, ses électeurs du second tour, qu’il nous menotte et nous muselle.

Ce système est d’une absurdité sans nom.

C’est incompréhensible.

 

Je vous laisse méditer sur cette photo, de Reuters, prise ce matin à Paris. Des Fleurs contre des matraques..... édifiant.

Black Friday…. Sombre 27 novembre.

J'ajouterai, en guise de post-scriptum, à celles et ceux qui seraient tentés de penser que finalement, quelques abus ne sont rien contre le gain en sécurité nationale que permet cet état d'urgence, et/ou que le climat n'est pas la préoccupation actuelle, au regard des événements récente survenus en France et dans le monde, que malheureusement, ce raisonnement ne tient pas si l'on accepte d'avoir une vision globale des choses.

Le premier point, je pense l'avoir traité plus que largement ci-dessus.

Concernant le second, je rappellerai juste que la crise syrienne actuelle, qui est l'un des facteurs puissants ayant permis la montée de l'E.I. ainsi que son armement, et donc, les attentats du 13 novembre, prend sa source entre autre, dans une crise climatique. Les réfugiés syriens constituent la première vague de réfugiés climatiques auxquelles l'Europe devra faire face, demain, dans les années futures. Que le terrorisme, quel que soit ses formes, a toujours existé, mais que la montée des eaux, que les conséquences du réchauffement climatique, sera notre préoccupation principale très, très vite. Beaucoup plus vite que notre cerveau humain l'imagine.

 

Oui, si l'on veut limiter la casse, c'est maintenant, aujourd'hui, que collectivement nous devons agir. TOUS. Chacun d'entre nous.

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cam 04/12/2015 14:51

merci !!!

Maïa 01/12/2015 10:40

Merci pour cet article!
Sur la question du "sentiment de sécurité" vs. le gain de sécurité réel, on peut lire cet article très bien fichu:
http://blog.francetvinfo.fr/classe-eco/2015/11/29/vertus-et-vices-de-la-comedie-securitaire.html

Échos verts ❀ Natasha 01/12/2015 07:56

Bonjour Herveline, je partage entièrement ton désarroi et ta vision des choses... merci pour cet article qui fait "du bien" à lire malgré tout.

Doitforthemermaids 30/11/2015 18:25

Comment je suis contente de partager le même avis sur la blogo écolo (et surtout sur ce blog :p) !

Depuis le lendemain du 13 novembre, on est entrain d'assister à une répression sévère et j'ai l'impression que personne ne le conteste, ça me choque... Voir nos droits bafoués soit disant pour contrer les terroristes (que nous avons en parti créés, financés...). Bref, c’était vraiment pas bien beau avant mais là ça a empiré.

Je ne sais pas si tu l'as déjà lu, mais il y a un article intéressant qui a résumé la situation : http://www.revolutionpermanente.fr/Repression-a-Republique-Les-grands-medias-a-la-botte-du-gouvernement

Linette_sortezdevosconapts 30/11/2015 22:52

merciiii pour ton comm !

caropuce 30/11/2015 16:00

Bonjour,
J'ai lu mais je ne sais plus où que le gouvernement Français avait demandé une dérogation au conseil européen pour ne plus respecter les droits de l'homme car l'État d'urgence. Je ne sais pas si la dérogation sera accepté. Probablement oui.
Ce qu'indiquait l'article c'est que tous non respect des droits l'homme donc assignation à résidence, perquisitions, ... ne serait exonéré que dans le cadre de l'enquête liée aux attentats du 13 Novembre.
Que si l'État d'urgence était utilisé pour d'autres raison, la dérogation ne tiendrait pas et les victimes peuvent porter plainte auprès du conseil européen des droits de l'homme. Je ne connais pas bien le système, je n'ai jamais fait de droit. Mais ce que je conseil à toutes ces victimes de l'État d'urgence, `c'est pour luter contre un État qui bafoue nos droits de l'homme. C'est de porter plainte? saisir? ensemble le conseil des droits de l'hommes. Car je ne vois pas ce qui peut justifier, l'interrogation de militant pour le succès de la COP21. Alors même que Hollande, et le gouvernement veulent arriver à un accord.
Bon courage à tous!

caropuce 01/12/2015 11:52

de ce que j'ai lu dans d'autres articles le tribunal administratif de Rennes a validé... J'ai l'impression qu'on se marche sur la tête.
Ce n'était pas que le tribunal administratif, l'article sur les droits de l'homme parlait de du conseil européen.
J'ai aussi vu qu'amenesty international était préocupé par ce qui se passe en France. Le pays des droit de l'homme on nous appelle souvent. C'est le comble.

Linette_sortezdevosconapts 30/11/2015 16:02

Effectivement, il faut faire un référé devant le Tribunal Administratif ;)