Je sème, tu sèmes, on s'aime

Publié le par Linette_sortezdevosconapts

Pardonnez-moi pour ce jeu de mot plus pouëtique que poétique, ma journée fut dense !

Mais c'est vrai que quelque part, semer et s'aimer, c'est lié. (TOI, tout au fond de la salle là, qui a l'esprit mal tourné, je te vois, tu sors !)

Je sème, tu sèmes, on s'aime

A la maison, on s’aime. Et surtout, on se le dit.

Je sens une certaine angoisse monter à la seule évocation de l'idée de la pré-adolescence et de l’adolescence de mes enfants, sans doute car je me rappelle TRES BIEN comment j’ai moi-même agi et pensé à cette période-là de ma vie. Ce qui me fait beaucoup légèrement appréhender la suite.
Alors, comme une espèce de pensée magique ou contraphobique, on s’aime. Jusque là, rien d'extraordinaire, c'est bien normal de s'aimer au sein d'une famille.... Mais surtout, on se le dit. On se le dit plusieurs fois par jour, dans plein d’occasion, certaines fois de manière tout à fait spontanée, certaines fois de manière ritualisée. On se le dit le soir au coucher et le matin au réveil. On se le dit quand on se quitte pour aller au travail et à l’école. On se le dit après une dispute : « tu sais, je suis en colère mais je n’arrête jamais de t’aimer, même si je crie ou même si je ne suis pas contente ». Les enfants le disent spontanément de la même manière d’ailleurs « je t’aime même quand je suis pas content » ou encore, quand nous, adultes, faisons une bêtise, ou une erreur, ou un oubli, ou disputons à tort et que l’on s’excuse, il n’est pas rare que les enfants nous disent « c’est pas grave maman/papa, je t’aime » en faisant un câlin. Ils nous le disent aussi quand ils nous sentent énervés, et les enfants également se le disent parfois entre eux, BREF, on s’aime, et surtout, on se le dit.

Ca a l'air sur-guimauve-hippie comme ça, mais j’espère vraiment que ça restera gravé en nous tout le reste de nos vies. J’avoue, souvent je dis à mes enfants : « On restera toujours complices comme ça ? » « oui maman » « même quand tu auras 13 ans et que tu me diras que ce n'est pas possible que je sois ta mère et que je t’ai probablement trouvé dans une poubelle ? » (haha, pardonmamanpardonpapa) « mais OUI maman »… L’angoisse maternelle dans toute sa splendeur ( angoisse qui ne provient pas de nulle part, H.U.M.). Je n'ai tellement pas envie que cette sérénité s'envole dans quelques années que des fois, je leur ferais presque signer une reconnaissance de parole. Mais au-delà de ça et plus sérieusement, j’essaye de leur apprendre que maintenant comme plus tard, il y a et il y aura des moments difficiles, mais que l’important, c’est qu’on continue de s’aimer, et de se le dire ou se le montrer, et que l’amour est un besoin.

Je sème, tu sèmes, on s'aime

Parce que les enfants adorent savoir et comprendre, je leur ai même expliqué pourquoi c’est important de se le dire, qu'on s'aime, quand on a peur, quand on a mal, quand on est en colère et quand on est pas bien, car ça fait produire dans le cerveau et diffuser dans le corps pleiiiiiin de petites molécules qui font se sentir mieux, avoir moins mal, avoir moins peur. Ce n’est pas magique, c’est chimique. Ce n’est pas une lubie hippie et bobo, c’est un besoin physiologique.

Ainsi, une fois où j’étais très énervée, j’avais montré mon mug et dit à mon fils : tu vois, cette tasse, c’est ma patience. Là pour le moment, elle est vide, et il va falloir un petit moment avant qu’elle ne se remplisse. S’en était alors suivi une discussion sur « comment remplir la tasse de maman » et un calin tout touchant de sincérité. Dopamine, sérotonine, apaisement.
Quelques temps plus tard, alors que j’avais complètement oublié le coup de la tasse, j’étais très fâchée contre sa petite sœur. Je le vois qui se lève, qui se colle contre moi et qui me dit tout bas « maman je remplis ta tasse ». Effet immédiat, dopamine, sérotonine, apaisement, sourire. Trop fort, mon fils. « Mais on a pas vraiment une tasse dans notre corps, hein ? »

On s’aime, et en tant que parent, on sème nos petites graines de bienveillance et d’entraide dans la tête de nos enfants. On essaye de leur montrer qu’avancer main dans la main rend plus fort qu’avancer seul et seul et rempli de rancœur. Qu’on est pas plus faibles car on a cette capacité d’empathie, bien au contraire. On est des jardiniers de l’amour et de l’espoir en quelque sorte, mais en tout cas, on est très conscients que ce sont les enfants d’aujourd’hui qui auront la lourde responsabilité de construire le monde de demain. Selon l'adage qui dit qu’il est vain d’attendre un changement en répétant des actions identiques, on teste une autre façon de faire, et on espère très fort que de là naitra le changement.

Je sème, tu sèmes, on s'aime

C'est aussi un prérequis, un préambule, un préalable, à l'éducation à la consommation, qui me tient tant à coeur. J'espère réellement que d'avoir placé l'autre au centre de la relation et de la réflexion depuis leur plus petite enfance leur permettra de ne jamais oublier l'autre dans leur vie adulte, l'autre qui fabrique, l'autre qui produit, l'autre qui me nourrit, l'autre qui subit les conséquences de ma consommation.

Et parallèlement, on sème aussi des graines de fruits, et de légumes, pour nourrir non plus nos émotions, mais nos estomac : on prépare un jardin potager en permaculture, et une haie fruitière. Là encore, l’objectif est de transmettre des connaissances et des valeurs aux enfants.

  • Apprentissage de la complémentarité entre les plantes elles-même, et de l'interdépendance entre les plantes et les animaux du potager.
  • Respect de la faune locale : nous allons bientôt construire un hôtel à insecte car le jardin a besoin d’eux, contrairement à l’idée reçue qu’il faut tout tuer sur son passage pour que les plantes, fruits et légumes, puissent pousser en paix.
  • Respect de l’escargot qui, entré dans la maison on-ne-sait-comment, a dévoré une partie des jeunes pousses de piment fort : non, on ne va pas le tuer, non ce n’est pas grave, on va le remettre dehors, non il n'est pas méchant, il a simplement voulu manger.
  • Apprentissage des mécanismes de reproduction des plantes, du rôle des abeilles et de la pollinisation, regarder comment est fait une fleur et comment ça marche, car plus on sait et plus on respecte.
  • Apprendre aussi comment les plantes respirent, et ce qu’elles nous apportent, notre dépendance vis-à vis du reigne animal et la nécessité vitale de réinsaurer son respect.
Je sème, tu sèmes, on s'aime

C’est vrai que pour nous, ce sont des apprentissages particulièrement importants, du fait que notre alimentation repose sur le règne végétal, et non sur l’élevage puis l’abattage d’autres êtres vivants doués de manière certaine d'une capacité à ressentir peur, douleur, amour, et joie, doués d'instinct de survie et de volonté de survivre à tout prix.  Je me suis souvent demandé comment l'être humain moderne pouvait espérer l’émergence d’une société égalitaire quand l’éducation repose sur un principe fondamentalement inégalitaire, le fait qu’il y aurait des espèces vivantes qui, considérées comme moins intelligentes ou moins abouties, peuvent être exploitées, utilisées, dépossédées de ce qu’elles produisent, privées de leur droit fondamental à vivre pour elles-même, de leur droit à vivre leur vie jusqu’au bout, à se reproduire naturellement, à avoir un habitat et un espace naturel.

Comment espérer l'émergence d'une société égalitaire quand l'un des principes fondateurs de l'éducation est que la vie de certains êtres vivants a moins de valeur que celles d'autres êtres vivants ? Les dérives historiques de cette hiérarchisation de la valeur d'êtres vivants ne sont-elles pas criantes ? Et si la "supériorité" entraine des avantages, des privilèges et des droits sur les êtres pensés comme inférieurs, mais que se passe-t-il si l’on considère que cet être inférieur, c’est la femme, l’enfant, l’individu handicapé ou trisomique, l’individu juif, ou noir, ou tutsi, ou hutu, ou kurde ?... 

C'est pourquoi notre philosophie de vie, celle qu'on a choisie,
c'est de semer de la bienveillance, de cultiver le respect,
et de regarder pousser la coopération et l'entraide.

Je sème, tu sèmes, on s'aime

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Pauline 29/05/2016 16:36

J'espère pouvoir éduquer mes futurs enfants avec cette optique que je porte déjà au fond de moi !
En attendant, j'essaie de transmettre ça à mes petits élèves de 3 à 6 ans !

Ju' 29/04/2016 13:40

C'est marrant mais plus je te lis plus je me rend compte qu'on pense vraiment pareil et notamment pour l'éducation de nos mini-nous :) Tout ce que tu décris j'aurais pu l'écrire aussi :)

Linette_sortezdevosconapts 29/04/2016 13:42

:p