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The dark side of the blog : la notoriété (et l'imposture)

Quand j’ai commencé à bloguer et pendant longtemps, mon instinct, mon premier réflexe, a été l’anonymat le plus complet. J’avais choisi un pseudo sans lien avec mon prénom, il était absolument hors de question de montrer mon visage, et encore plus hors de question qu’un lien entre mon identité réelle, mon identité virtuelle et mon image soit possible. Mon blog était mon jardin secret, seul mon mari était au courant, c’était un peu comme la dimension pirate de ma vie. Pourtant, j’ai toujours rêvé secrètement, je crois, que ce personnage, cet alias, soit populaire.

The dark side of the blog : la notoriété (et l'imposture)

Quand on a des convictions, des convictions solides et qui dépassent de loin une quête personnelle, c’est plutôt difficile d’assumer ce rêve secret, en fait, et encore plus d’en parler.

Des rêves pour des rêves, inatteignables, pas spécialement voués à se réaliser, on en a tous. Qui n’a pas rêvé un jour de ce qu’il ferait s’il gagnait au loto ? Comment deviendrait sa vie si Brad ou Leonardo ou Hugh tombait épeeeeeeerdument amoureux de la plouc-de-province-lambda que l’on est ? Comment aurait été sa vie si on était né fils-de (célébrité, roi ou reine, barrez la mention inutile) ? (mais LOL quoi, mais où je vais chercher tous ces exemples à la mords-moi-le-nœud ?) Bref, voilà, on a tous (ou presque) plus ou moins une vie rêvée, une version fantasmatique de notre vie réelle, qui n’a pas vocation à se réaliser mais qui vise, physiologiquement parlant, à faire produire par le corps de l’endorphine et de la dopamine dans un moment où on en a besoin, où on a besoin de réconfort, où on a besoin de se cocooner. Mais en fait, quand la fiction, de manière intattendue, rejoint la réalité, souvent, la personne est dépassée, ce téléscopage produit un sentiment bizarre autant qu'étrange.

Bin voilà, c'est l'effet que ça me fait.

Alors oui, bien sûr, j'ai énormément travaillé, sur le contenu, sur le visuel, pour gagner en visibilité ; et ce qui me motive profondément, ce qui me bouge, c’est de diffuser un message qui transcende ce que je suis, et mes aspirations personnelles ! Plus je suis populaire, plus les idées que je porte seront vues. Et plus je suis reconnue, plus ce que je dis sera classé comme digne de confiance. En ce sens, ce qui m’arrive est vraiment génial et également, très porteur d’espoir : il y a des gens, des lecteurs, qui sont intéressés par tout ça, qui prennent conscience de leur rôle et de leur pouvoir sur la société de consommation, et de mon côté, puisque tous ces gens me donnent une opportunité inespérée de convaincre et de rallier, autant utiliser cette tribune pour une vraie bonne cause.

Ma vraie bonne cause, c’est l’environnement, et ce qui me donne l’énergie pour tout ça, c’est le fait de me dire que je pourrai regarder mes enfants dans les yeux et leur dire que j’ai réellement fait tout ce qui était en mon pouvoir pour tenter de faire bouger les choses, que j’ai fait ma part, que je suis moi aussi un colibri.

Mais cela déborde quand même du cadre de la satisfaction d’œuvrer pour quelque chose de juste : il y a autre chose, je ne vais pas me cacher derrière mon petit doigt. J’ai une blopine suivez mon regard qui se reconnaitra, qui est bien plus rationnelle, et elle est bien plus factuelle quand elle parle de ses stats : "chez moi aussi les stats ont doublé. Plus je suis lue et plus les idées passent, c’est cool !". Voilà, c’est rationnel. Alors que moi, en plus, je suis "émerveillée", "perplexe", bref, j’ai un émotionnel bien plus lié à mon ego, sur la question de la popularité.

Cette "popularité", aussi virtuelle que relative et éphémère, je la regarde (comme les stats dont je vous parlais la dernière fois) avec emerveillement  et étrangeté. Je la traite toujours comme quelque chose d’extérieur, comme si finalement, ce n’était pas de moi mais quelqu’un un personnage me représentant dont il est question. Et ça se matérialise par le fait que je ne m'étends pas trop sur la question dans ma vie "réelle". Le blog assez peu (mon mari dit "Quoi, elle t'a pas dit qu'elle tenait un blog? Alleeeeez pourquoi tu l'as pas diiiiiiit?"), et le groupe, encore moins.
Vous l'aurez compris, le cloisonnement entre ma vie dans la réalité et mes activités virtuelles est de plus en plus poreux, grâce à mon mari, qui, en grand supporter, donne le lien de mon blog dès qu'il le peut à qui veut bien l'entendre (sisi !)
, malgré mon instinct qui me pousse à rester le plus possible dans l'anonymat.

Pourquoi cet instinct de rester dans l'anonymat ?

Parce que je me méfie énormément du rôle de porte-parole d'une cause. Car les détracteurs traquent la moindre incohérence, et des incohérences, croyez-moi, j'en ai.

Parce que comme je le dis souvent, je ne suis pas parfaite, mais le fait d'écrire implique de sélectionner de l'information, de la mettre en scène, de la romancer, de la styliser en quelque sorte, et la plupart du temps, les imperfections en sont atténuées.. Le fait de vouloir transmettre un message amène à valoriser le côté positif, pour motiver les gens, derrière leurs écrans, à s'enthousiasmer, à bouger, à changer ! Mais au fond, je n'ai pas l'impression de faire quoi que ce soit d'extraordinaire, ni d'extrême, ni de novateur. Je ne suis qu'une illustration. Et du coup, il m'arrive de sentir un décalage entre les réactions, vos réactions, vos retours (si choupinous !) et comment moi, je ressens ma vie et mon engagement. Je n'ai pas l'impression d'avoir un confort de vie différent des autres, ni une vie différente des autres. C'est comme la cuisine : depuis que je cuisine végétalien, je mange les mêmes plats qu'avant, mais en utilisant des ingrédients de base différents. Bin là c'est pareil, je vis comme avant, je fais la même chose que tout le monde (je respire, je vis, je travaille, j'ai une vie quotidienne, une vie sociale, une maison à crédit, deux voitures, des hobbys, des tocs, des échecs, des joies, des peines ), sauf que les ingrédients de base de ma vie ne sont plus exactement les mêmes.
Le parallèle avec mon alimentation est finalement assez juste : de la même manière que j'ai progressivement éliminé, pour des raisons éthiques, les produits animaux de mon assiette, ces mêmes raisons m'amènent à éliminer progressivement le plastique de mon quotidien. De la même manière qu'au rayon boucherie, je ne vois plus de la viande, mais des animaux qui seraient mieux en vie et en liberté, dans les supermarchés, je ne vois plus de jolis objets attrayants mais des emballages dont les conséquences sur la planète et ses habitants me sautent aux yeux. Pour autant, je continue à manger ET je continue à consommer...mais ce n'est plus principalement l'envie qui guide mes achats, c'est l'éthique

Parce qu'enfin, je me dis souvent que vous, lecteurs, une fois que vous serez passés de l'autre côté du miroir, une fois que le plus dur (la déconstruction de nos habitudes culturelles moderne) sera passé, vous trouverez comme moi votre vie tellement naturelle, logique, sensée et  simple que vous vous direz que je vous ai refilé un pétard mouillé, un beau paquet vide.
Ce que j'essaye de vous dire, c'est que ce changement, que vous prenez actuellement pour une montagne est en réalité une illusion d'optique. Vous vous en apercevrez une fois au sommet, en découvrant que le chemin n'a pas été si long, ni si escarpé, et que vous n'êtes même pas essoufflés.

Et vous découvrirez alors que la nana que vous preniez pour une wonderconnassewoman est en réalité une minuscule bonne femme pleine d'imperfections (mais aussi et heureusement, d'autodérision).

 

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Commenter cet article

Ju' 04/05/2016 20:22

C'est finalement là tout le paradoxe : pour que nos blogs soient lus on doit leur faire (et nous faire aussi du même coup) une super image trop bien pour attirer les lecteurs, mais pour que notre message passe il faut montrer à quel point c'est facile et accessible... Pas évident de trouver l'équilibre :) Et pour minuscule, je confirme, mouahahahaha !!!!