Petite digression sur l'Affaire Mediator.

Publié le par schnappy

Alors voilà.

 

L'autre jour, j'écoutais France Inter dans ma voiture en allant au taf le matin. Audrey Pulvar interrogeait un nutritionniste célèbre, célèbre non pour le sérieux de ses recherches universitaires, mais pour sa participation comme interlocuteur privilégié pour diverses émissions télévisuelles, et pas les plus reluisantes, bref. 

 

Bref, le sujet de l'interviouv, c'était le Médiator.

 

Monsieur X commence par dire qu'il n'en a jamais prescrit, sauf "quelques boites il y a 6 mois", parce que les patients se faisaient pressants, que tout le monde le faisait et qu'il ne savait plus très bien où se situer.

Alors voilà déjà un médecin très sérieux. Ce sont ses patients qui lui dictent ses prescriptions, et lui, au lieu de se renseigner sérieusement, suit le mouvement, mouvement qui lui fait perdre le nord.

 

Olé.

 

... Traduction : Si je ne le prescrivais pas, ils auraient été vers d'autres médecins jusqu'à l'obtenir. Et ça m'aurait fait des patients en moins, donc un manque à gagner. Le peuple veut du sang? donnons lui du sang ! En même temps, si le peuple est prêt à mettre sa santé en jeu pour espérer ressembler à des nanas retouchées sous photoshop dans des magazines...et que le médecin ait tellement envie de se payer une croisière aux Bahamas qu'il en oublie provisoirement sa déontologie...

 

Ensuite, il explique qu'il n'a jamais prescrit ces médicaments comme des pilules pour maigrir.

Ha oui? pourquoi donc, alors, étant donné qu'il est nutritionniste et non diabétologue? Peut être les rares patients à qui il les a prescrites étaient diabétiques en plus d'être en surpoids et qu'il a alors estimé faire d'une pierre deux coups?


Que nenni. 

 

Je ne les ai pas données comme des pilules pour maigrir, dit-il donc. Simplement, j'ai considéré que d'avoir du sucre dans le sang pouvait aider à réguler l'appétit.

Autrement dit, à maigrir, donc, on a utilisé un anti-diabétique chez des personnes non diabétiques pour les faire maigrir, donc, on a utilisé un médicament comme pilule pour maigrir. CQFD. Où comment prendre les auditeurs pour des cons. 

 

Enfin, il conclue par un Mais vous savez, il y a des visiteurs médicaux. qui glissent des choses. C'est oral, mais ça reste.

 

AHA. Nous y voilà, c'est la faute aux vilains visiteurs médicaux, qui ont visité ledit médecin NUTRITIONNISTE pour lui faire vendre un ANTI DIABETIQUE en lui disant probablement que c'était sans danger... et tout bénef. Le fonctionnement des visiteurs médicaux et des médecins est un secret de polichinelle, c'est un scandale sanitaire, mais qui n'intéresse tellement pas les médias qu'il reste proliférant.

Et voilà que ce médecin vient dire que ce sont les visiteurs médicaux qui ont, d'une manière ou d'une autre, forcé la main des médecins, ou tout au mieux les ont pernicieusement convaincus de prescrire la molécule !

 

Certes, des visites il y a certainement eu. Mais je suis désolée, même si c'est un boulot scandaleux, le visiteur médical, il ne fait que son taf. Car son taf, ce n'est pas la santé, non, un visiteur médical, c'est un commercial représentant les intérêts financier d'un labo (dont le but, comme toute entreprise privée, je le rappelle, est de faire du bénéfice). Par contre, le médecin, c'est à lui de ne pas se comporter comme un client, c'est à lui de ne jamais confondre le rendez-vous commercial avec le visiteur médical avec de la formation continue, et de ne jamais perdre de vue que le visiteur médical n'est pas là pour représenter l'intérêt des patients mais celui de sa boite ; c'est donc au médecin de prendre les intérêts de ses patients suffisament à coeur pour effectuer les recherches avant de prescrire. C'est à lui de prendre ensuite ses responsabilités si erreur il y a eu. 

 

Car après tout, ce qui me choque le plus, ce n'est pas que le médecin ait prescrit une molécule pour un usage détourné, après tout, on utilise bien couramment un anti dépresseur comme anti tabac (ce que je ne cautionne pas hein, mais bon, ça se fait). Non, c'est que quand ça se gâte, il se cache deriière le grand méchant Laboratoire Pharmatieutique et ses Armées de l'Enfer les Visiteurs Médicaux. Et de surcroit le dire publiquement !

 

Douze ans d'études normalement prestigieuses et aussi peu d'indépendance d'esprit.

L'étendue de la bêtise humaine m'étonnera toujours. 

Publié dans Du bla bla!

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